Les Larmes de Sang

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Les Larmes de Sang

Message  Maitre-Chuchundra le Lun 16 Aoû 2010 - 3:42

[Edito: Cette histoire a été écrite par mes soins, elle est donc officiellement protégée par les droits d'auteurs ! Seul ce forum a l'autorisation de ma part pour publier ce récit de manière publique ! Quant aux images, elle ne m'appartiennent pas]



Livre I


Il y a très longtemps, dans une contrée lointaine… Deux cités se font face depuis près de 15 ans pour la prospérité, l’honneur, la religion et le pays. Une légende raconte qu’il y aurait eu autant de sang déversé par les victimes que de larmes par les survivants, d’où son nom tristement célèbre : La Guerre des Larmes de Sang.
D’un côté la cité de Tirions, dirigé par l’impitoyable Salomon. Roi riche et terrifiant protégé sous le signe du Lion d’Or qui exerce la terreur dans le pays. D’autre part de la contrée se trouve la cité de Balmora. Pays sous monarchie constitutionnelle de la famille royal de Conrad II. La région vit principalement d’agriculture et reste bloquée des autres nations. Seule pour se défendre, elle est attaquée de toute part par l’armé de Tirions. Le manque de nourriture se fait sentir dans les couches sociales modestes et chacun prend les armes pour sa survie et celle de la contrée de Balmora !

***
« La guerre ne permet pas de déterminer qui a raison, mais uniquement qui survit ». Cette phrase du Roi de Balmora, tourne encore dans la tête d’Henri. Serait-ce les derniers mots qu’il entendrait avant le long voyage vers le Seigneur ? Ce devait être la mort : un silence digne d’un cimetière, un petit vent frais caressant les joues et surtout ce fameux tunnel blanc. Il ne savait plus où il se trouvait, il se contentait d’observer, d’attendre et se laissait bercer par les souvenirs d’autrefois défilant devant lui.

Henri Duchêne était né dans un village au sud du pays. Son père était le paysan le plus riche de la région et possédait donc un grand domaine ainsi qu’une belle maison au centre du village. Les paysans s’installaient au marché à la fin de chaque semaine et des marchands nomades venaient monnayer quelques marchandises artisanales. Les enfants s’amusaient devant l’église, surveillés de près par le pasteur qui tenait à les voir entier pour le culte du lendemain.


« Il possédait donc un grand domaine ainsi qu’une belle maison au centre du village. »
Henri n’était pas de ces enfants là. Il restait chez lui et jouait avec son chien Rufus. Sa mère l’obligeait parfois à sortir rejoindre les autres enfants et, comme il aimait sa mère, il s’exécutait sur le champ. Quelques jours, il se rendait à la petite école du village tel un enfant privilégié et prenait un malin plaisir à étudier. Le restant de la semaine, Henri aidait son grand-père George à l’étable et semait les champs avec Pierre, son père.
Voilà maintenant plus de 2 ans que la guerre avait éclaté entre Balmora et Tirions, notre jeune garçon avait alors 8 ans à ce moment là. A table, on évitait ce sujet qui faisait trembler de peur ces pauvres paysans démunis et sans défense. Les seigneurs d’autrefois qui récoltaient les richesses et protégeaient les villageois s'étaient enfuis à la grande cité fortifiée du Roi. Des gardes passaient par là de temps à autre pour inspecter, parfois même des régiments partant sur le front. Ces soldats armés de leur fusil, de leur sabre et de leurs canons, marchant fièrement avec leurs bottes de cuivre, allaient courageusement au champ d’honneur mais aussi vers la mort certaine. Ici, à Wychwood, on ne possédait que deux ou trois fusils ainsi que quelques fourches.
Henri les observait, les enviait de partir loin afin de découvrir l’horizon. « Maman, est-ce vrai que l’on trouve le bonheur là-bas au cœur du Royaume ? » interrogeait curieusement le jeune. Sa mère le regardait avec pitié et voulu lui donner un espoir : « Oui, mon chéri ».

Un jour d’été, dans la taverne du village, un marchand apporta des informations sur l’avancée ennemie. Les habitués de la mousse et les passants l’écoutaient intrigués : « J’vous assure parbleu ! Les Tir’ y avancent dans c’te direction pour sûr ! J’les ai vus de mes propres yeux ! Y a po à dire, faut se barrer de ce bled ! ». Pierre et son fils faisaient semblant de ne pas l‘écouter. Sur les nerfs, le père paya et s’en alla avec Henri.

    - C’est vrai ce que l’on dit papa ?
    - Quoi donc ? interrogea-t-il comme s’il n’avait point idée du sujet.
    - Que les méchants, ils arrivent chez nous ?
    - Que de sottises, mon fils, que de sottises, rétorqua le père.

Et si seulement ce n’étaient que des sottises ! Les généraux balmoriens avaient sous-estimés l’armée de Salomon. Wychwood qui était près de la frontière n’allait pas éviter les attaques, et dans le village, on s’interrogeait encore sur la vérité des faits et des actions à entreprendre.


« Dans le village, on s’interrogeait encore. »

Tout le monde se rendait utile : le forgeron aiguisait tout ce qui pourrait servir d’armes, la boulangère préparait suffisamment de réserve de pain, les paysans rentraient leur bétail,… Alors que chez les Duchêne, on gardait son mal en patience. Le grand-père fumait sa pipe dans son fauteuil, la mère cuisinait le repas du soir, Pierre était à sa table de travail et Henri regardait par la fenêtre. Le soir tombait et la rue commençait à se faire sombre. Personne n’était dehors, il s’inquiéta :

    - C’est calme là-dehors ! Pourtant les autres enfants jouent encore normalement.
    - C’est juste parce qu’il fait froid, rassura le père.
    - Non, c’est vraiment bizarre !
    - Arrête donc de te préoccuper de ça ! cria le père.

A ce moment-là, la mère posa les plats encore fumant sur la table. Une douce odeur de potage envahit la pièce. George affamé, se leva et s’installa à table. Pierre en fit alors de même et fut vite rejoint par sa femme, prête à déguster son repas durement préparé. Mais Henri, lui, ne bougeait pas, toujours préoccupé par l’anormalité du calme qui régnait. Le père s’impatienta, lui dit de venir immédiatement les rejoindre à table et Henri s’exécuta.
Le repas se déroula dans un silence absolu, on percevait à peine le bruit de la pendule qui venait d’afficher les neuf heures. Henri fut soudainement préoccupé par une lumière anormale vers l’extérieur. Il sortit alors de table pour rejoindre la fenêtre et s’exclama : « Papa ! Y a des gens avec des flambeaux dehors ! ». Une sueur froide parcourut alors le père qui avala difficilement son morceau de pain. Il se leva et se posa à côté de son fils, afin de percevoir l’agitation se manifestant dehors. C’était en réalité, un régiment de Tirions qui marchait flambeau à la main et fusil dans le dos à travers le village. Ils entrèrent les maisons voisines, on entendait des cris, des coups de fusils, des vitres cassées. Ils mettaient le feu aux maisons et exécutaient les villageois désobéissants.

Le père qui assistait au massacre fut alors pris d’un élan de panique, criant : « Tous à la cave ! Vite ! ». Il saisit son fusil de chasse accroché mûr. La mère se précipita dans l’escalier, suivi d’Henri, du grand-père George et enfin du père Duchêne. Arrivés au rez-de-chaussée, la mère sortit du tiroir la clé pour aller s’enfermer à la cave. Mais il était déjà trop tard, un homme robuste enfonça la porte et entra avec sa torche et son épée.

    - Allez-y je le retiens ce sale Tir’ ! cria le père qui chargea son fusil.
    - Papa !
    - Ne discutez pas ! Descendez ! répéta-t-il.

Il commença à tirer sur le soldat qui fonçait sur lui. Ses coéquipiers ne tardèrent pas à l’entendre et foncèrent à leur tour sur Pierre qui se défendait avec son fusil puis à main nue. Le temps de fermer la porte, Henri eut juste le temps de voir son père s’effondrer et d’apercevoir un objet semblable à une lame. Ce sera la dernière image qu’il gardera à jamais de son père.


« Un régiment qui marchait flambeau à la main et fusil dans le dos à travers le village. »

La nuit, ils dormirent au fond de la cave, barricadée à l’aide de vieux meubles en bois. Henri fut le premier à être réveillé par la rosée fraîche des matins d’été. Il se leva et regarda sur les étagères s’il n’y avait pas une petite réserve à se mettre sous la dent. Il trouva un vieux bocal de confiture de cerises ainsi qu’un morceau de salami emballé. Certes le mélange n’avait pas un goût extraordinaire mais il suffit à satisfaire sa panse. Des pas se firent entendre à l’étage, faisant tomber de la poussière du plancher. Il réveilla alors discrètement sa mère, puis George. Tous trois restèrent silencieux et fixèrent le plafond. La poussière qui continuait de tomber vint se poser sur le nez du grand-père, lui titillant les sinus. Il ne put se retenir, l’éternuement fut si violent que toute la poussière alentour posée sur le sol rocheux se souleva. Alors on perçut des cris d’homme à l’étage, puis plusieurs personnes se déplaçaient et puis… plus rien, le silence. Et tout à coup, dans un fracas énorme, la porte s’envola et les meubles la protégeant dévalèrent les escaliers. Henri et sa mère eurent juste le temps de s’enlever ; quant à George, il laissa une jambe.
Des hommes en uniformes vert avec des chapeaux noirs descendirent les escaliers et regardèrent les trois paysans collés les uns aux autres. Ils étaient trois, deux avaient un fusil et le troisième gardait son sabre en retraite ; il devait être le chef. Il était assez petit et mal rasé et portait des écussons en or sur sa chemise

    - Tiens, tiens ! Des paysans bourgeois qui tentent d’échapper à l’armée du Grand Salomon

Ils regardèrent par terre et se turent, n’osant point défier son regard de tyran.

    - Je suis le lieutenant Gustave Beauregard et c’est moi qui commande ce village de… de quel nom déjà ?
    - Wychwood, chef, répondit le soldat de gauche.
    - Ah oui ! Wychwood. Quoiqu’il en soit, vous allez rejoindre vos amis qui ont survécu.

Puis l’image de son père revint à Henri qui retenait ses larmes. Le lieutenant ricana et ordonna de remonter rejoindre les autres. La jeune femme répliqua que son beau-père devait avoir la jambe cassée avec les meubles qui lui sont tombés dessus. « Nous, nous occuperons de lui », rassura le soldat.
Une fois en haut, la mère d’Henri lui cacha les yeux pour ne pas qu’il aperçoive la flaque de sang gisant devant la porte de la cave. Une fois en dehors de la maison, le village parut inconnu aux yeux de notre garçonnet. Le ciel était gris et triste, les maisons brûlées, l’odeur du pain frais de la boulangère laissait place au cramé. Un soldat accompagna la mère et son fils d’un côté tendit que George partait de l’autre avec le second soldat. « Nous allons le soigner comme il se doit » prétendait-il. « Nous nous reverrons fistons ! » promis le grand-père. En marchant, Henri se retourna subitement et le vit en boule par terre, une matraque au dessus de sa tête. Puis il continua à marcher et prit la main de sa mère en sanglot. Ils rejoignirent alors une foule de villageois, fourche à la main, réprimés à coup de fusil par les soldats tiriens. La résistance capitula très vite, abandonnant les armes.


« Une foule de villageois, fourche à la main, réprimés à coup de fusil. »

Tous les survivants furent enfermés dans l’église. Les soldats ne leur donnèrent que quelques morceaux de pains, le reste du village avait été pillé pour leur propre régiment. Dans le temple, chacun se trouvait une place comme il pouvait. Le pasteur donnait la bénédiction aux fidèles, certains priaient, d’autres pleuraient,…
Henri et sa mère restèrent en retrait dans un coin et complotaient :

    - Henri, tu dois partir avant que les lignes se referment !
    - Oui, maman.
    - Promets-moi de partir loin d’ici, à Balmora, tu y seras en sécurité.
    - Oui, maman.
    - Je t’aime mon fils.
    - Moi aussi, maman.

Elle sortit de sous sa jupe, une bourse remplie de pièce d’or qu’elle avait secrètement cachée, puis elle la donna à son fils en le faisant jurer d’en faire bon usage et de la cacher.
Le plus dur restait à faire pour le jeune aventurier : sortir du village occupé. Il se faufila dans la petite grille d’égout à l’arrière de l’église, arriva dans une canalisation assez étroite où il dût éviter quelques rats. Ensuite il ressortit par une grille devant l’entrée Nord du village. Une sentinelle montait la garde, mais, étant rusé, il arriva à le distraire avec un vulgaire caillou. Il put s’enfiler dans un champ de maïs qu’il traversa jusqu’à attendre une étendue de pâturage. Il courrait ! Il courrait toute la journée !
Le soir venu, il vit quelques lanternes sur une route de campagne. Il s’approcha furtivement, de peur que ce soit encore un raid ennemi. Heureusement, ce n’était que des habitants des villages voisins qui fuyaient en emportant un bœuf, une charrette, leurs enfants,… Alors il se mit à les rejoindre, ne sachant guère où ils allaient.
Il devait y avoir quelques bonnes centaines de marcheurs, mais lui restait seul parmi le groupe. Personne ne s’en approcha, mis à part homme qui devait avoir la trentaine :

    - Hey p’tit, c’est po une époque pour trainer seul dans l’coin. Où sont tes parents ?

Il était habillé comme un paysan local, portait un chapeau de paille et un sac en bandoulière ; sûrement ses affaires. Henri hésita et répondit :

    - Ils sont restés là-bas
    - Où ça « là-bas » ?
    - Au village de Wychwood.

L’homme le dévisagea un instant et préféra ne pas poser davantage de question sur ce sujet. On racontait que Wychwood était le village le plus dévasté, ainsi que celui où le plus de morts ont été comptés.

    - Je m’appelle Fréderic, juste Fréderic, continua-t-il.
    - Henri Duchêne, dit-il en serrant la main de son nouveau compagnon de route. Où vont tout ces gens ?
    - Ha ça p’tit. On va à Balmora ! Des messagers du Roi nous promettent protection dans c’te cité fortifiée. Mais pour y aller, il faut traverser le Golfe de Balmora et le chemin s’annonce… tempétueux, mentit-il pour rassurer Henri, nous nous rendons au port de Midwich afin de prendre un bateau.
    - C’est encore loin Midwich ? Questionna le jeune garçon.
    - Nous y serons dans deux heures, j’dirais.

Puis ils marchèrent le long de cette route caillouteuse et interminable en compagnie des autres habitants devant s’exiler pour survivre. Certaines enfants essayaient de ne pas oublier leur joie et se courraient après. Lors du voyage, nos deux héros se racontèrent quelques péripéties dans le but de faire plus ample connaissance. Henri avait confiance en Fréderic, il le suivrait où qu’il aille. Avait-il d’autre choix ?

Quelques heures plus tard, ils arrivèrent à l’entrée du port de Midwich. Il était entouré et fortifié de soldat balmoriens à chaque recoin. Ils observaient l’arrivée des voyageurs pour ne pas laisser passer quelconques espions ennemis. Des militaires postés dans les rues de la ville amenaient les exilés aux débarcadères. Fréderic et Henri arrivèrent devant un énorme bâtiment de guerre. « Comment la flotte tirienne pourrait combattre ce monstre ! », s’exclama Fréderic. En effet, ce navire à voile haut de plus de 15 mètres et munis de 16 canons était une véritable arme de guerre ! Alors, après ce moment de stupeur, ils embarquèrent tous les deux à bord de ce géant des mers.


« Ils embarquèrent tous les deux à bord de ce géant des mers . »

Une fois installé dans la cale, le capitaine arriva pour recevoir tous les passagers. Il en profita pour imposer certaines règles de sécurité : « ne vous approchez pas du bord et ne trainez pas sur le pont des armes afin d’éviter des morts et des blessés ! ». Les matelots leur offrirent à tous une part de pain et de la soupe à la courge pour leur arrivée. La nuit, les passagers dormaient à ras-le-sol avec une petite couverture qui leur tenait à peine chaud en ces eaux froides. Ils étaient tous collés les uns aux autres. Et dans cet attroupement, certains ronflaient et d’autres bougeaient. La nuit fut longue et au petit matin, Frédéric en avait de fortes cernes sous les yeux. Il interrogea Henri :

    - T’as bien dormi ?
    - Oui ! répondit-il fièrement.
    - T’en as bien eu de la chance !

C’est alors que l’on sonna le déjeuner. On prépara une table avec du pain, du beurre et du lait. Tous mangeaient à pleine dent, mais certains risquaient de le regretter. En effet, pour certains le voyage était un baptême… le mal de mer qui allait avec aussi ! On leur donna des sceaux que l’on vidait de temps à autres par-dessus le bord. Lors de la journée, on s’occupait comme on pouvait. La plupart rattrapait le sommeil perdu la veille, les autres jouaient aux cartes, discutaient ou troquaient quelques objets de valeurs. Le soir, des marins rejoignaient les voyageurs et racontaient leurs histoires de moussaillon. Ils s’assaillaient sur des caisses de provisions qui formaient un cercle et disposaient une lanterne au centre. Henri en écouta quelques uns, il les enviait de pouvoir vivre tant de chose par delà les mers.

Deuxième jours en mer, le mal de mer ne s’arrangeait pas. On ne percevaot pas le bout de ce long périple, mais le capitaine avait promis l’arrivée demain dès l‘aube. La mer était tranquille, cela ne rassura pas le capitaine qui la trouvait bien trop tranquille : « Le calme avant la tempête ! ». Le ciel se noircissait, de plus grandes vagues effleuraient la coque du navire, mais pas de quoi être effrayé.
La nuit tombée, l’eau devint moins agitée, mais laissa place à un épais brouillard. On installa plusieurs lanternes sur le navire pour ne pas qu’un homme tombe à la mer : « Restez sur vos gardes, je ne le sens pas ce brouillard ! », s’inquiéta le capitaine. Le froid et l’humidité se dissipèrent peu à peu, on commençait à percevoir la lumière de la lune.
Une fois sortis du brouillard, le pire restait à venir. Les trois navires de guerre de la flotte de Balmora rencontrèrent soudainement huit navires tiriens. Le capitaine fut pris de surprise et donna l’alerte : « Ennemis en vue ! Tous à vos postes ! ». La cloche réveilla Henri qui se précipita de réveiller Frédéric : « Lèves-toi ! Tout le monde s’affole ! ». On espérait pouvoir s’échapper mais la flotte ennemie les avait déjà repérés, elle changea de cape et se dirigeait dans leur direction. Les matelots chargèrent les canons en catastrophe, prêts à subir l’assaut. Sur le pont, on sortit les fusils et accrocha les baïonnettes. Les navires se rapprochaient, mais chez les balmoriens, on était prêt !
Tout à coup, le navire tirien démarra le premier coup de feu. Les coups furent violents ! Transpercèrent les bateaux de part et d’autre. Un autre navire balmorien l’intercepta par la suite, l’achevant à coups de canons ! Le troisième navire fut abordé par un autre bateau, on entendait des cris, des fusils et des sabres. Sur le bateau, matelots et voyageurs éteignaient les feux isolés et comblaient les brèches. Soudain quelqu'un cria : « Il attaque à tribord ! ». Il eut à peine le temps de terminer sa phrase, qu’il fut fauché par un boulet de canon. Henri fut violemment projeté par terre par une personne. C’était Frédéric qui lui évita un obus qui se dirigeait dans sa direction. Les feux s’intensifièrent, les brèches s’agrandirent. Le compagnon d’Henri lui déclara : « Il faut quitter le navire avant que… ». Et puis un gros craquement déchira le navire, les deux amis tombèrent à l’eau. Henri, comme beaucoup des paysans du voyage, ne savait pas nager. Il s’agrippa à une planche et criait : « Frédéric ! Frédéric ! ». Tout à coup, son compagnon sortit de l’eau, prit une grande inspiration et s’agrippa sur le même bout de bois. Derrière eux, un cimetière de bateaux s’embrasait.


« Derrière eux, un cimetière de bateaux s’embrasait. »

L’aube se leva, Henri dormait sur la planche. Frédéric était resté réveillé afin de scruter l’horizon. On apercevait quelques miraculés sur des radeaux improvisés, mais très peu avaient survécu. Henri eut aperçu une voile au loin et s’écria : « Là bas ! ». Deux frégates venaient dans leur direction, était-ce des sauveteurs balmoriens ? Fort heureusement, oui. Ils commencèrent à tous crier en cœur, pour montrer leur présence. Arrivé tout près d’eux, les sauveteurs lancèrent une échelle en corde et tous se précipitèrent à la nage.

En fin de journée, les deux bateaux de sauvetage arrivèrent à l’immense cité de Balmora.
Ils débarquèrent au port militaire, et eurent carte blanche pour partir à la découverte de la ville. Henri, lui, ne savait guère où aller.

    - Où vas-tu maintenant, Frédéric ?
    - Je m’rends chez un cousin, un grand bourgeois du coin.
    - Et moi ? Où vais-je aller ?

Il hésita un moment, mais eut tant de pitié pour cet enfant de paysan qui devait être orphelin. Il ne voulait pas le laisser errer dans la rue et céda :

    - On ira voir c’qu’on peut faire avec mon cousin.
    - Merci mille fois !
    - Mais à partir de maintenant, il faut se comporter en vrai gentilhomme, informa-t-il sérieusement et sur un ton intellectuel, mon cousin n’est pas n’importe qui ! C’est James Alexandre, un des plus riches et plus puissants hommes de cette cité !
    - Houhou, s’exclama son petit compagnon avec de grands yeux.
    - Ne te perds pas dans cette ville. Bien qu’on la répute comme riche, propre et prospère, il reste quand même des quartiers mal famés. Est-ce c’est compris ?
    - Oui, sir Frédéric, approuva-t-il en s’inclinant.

Ce dernier étouffa un petit rire et partit dans la direction de la grande porte permettant d’accéder à la cité. Arrivés devant le portail, le jeune garçon resta bouche-bée devant la splendeur architecturale. Un immense mur, dont on n’apercevait guère le bout se dressait devant lui. La porte métallique mesurait au moins cinq mètre de hauteur, sa voute possédait de belles sculptures taillées dans la pierre blanche. Des gardes en armure munis de sabres et de fusils gardaient précieusement l’entrée. Le jeune garçon eut une vision soudaine et repensa aux soldats qui avaient tué son père et envahi sa maison. Revenu à ses esprits, il se dépêcha de rejoindre Frédéric qui avançait à folle allure.


« Un immense mur, dont on n’apercevait guère le bout se dressait devant lui. »

Il marchait à côté de son compagnon de voyage à travers les belles rues pavées. Les allées étaient noires de mondes. Parfois un chariot de marchandises bouchait le passage. Henri restait prêt de Frédéric afin de ne pas le perdre de vue. Puis ils arrivèrent à une des places de marché « Ils sont beaux mes poulets ! Achetez mes jolis poulets» d’un côté, « Vous ne trouverez pas de plus belle pomme à cet endroit ! » de l’autre, ou encore « Poisson frais de ce matin ! ».
Ils débouchèrent sur un grand boulevard, avec de lignées de bouleaux sur chaque trottoir. Ce devait être le quartier riche de la ville. Ils marchèrent encore quelques centaines de mètres et arrivèrent devant un énorme manoir. Frédéric observa un instant la maison et constata : « Ça doit être là ». Ils grimpèrent les quelques marches qui les séparaient de la grande porte d’entrée. Le grand homme frappa trois coups à la poignée métallique et une jeune dame vint les recevoir :

    - Bonjour messieurs.
    - B’jour ma p’tit… Bien le bonjour mademoiselle, corrigea-t-il après un petit toussotement.
    - Que puis-je pour vous ?
    - Nous venons rendre visite à Monsieur James Alexandre.
    - Hm… Il est dans son bureau et il est très occupé… Je…
    - Mais il sera très heureux de nous voir, coupa Frédéric.
    - Je ne suis pas sûr que…
    - Vous en avez ma parole, ajouta-t-il.
    - Bien… suivez-moi.

Elle les invita à entrer. Alors qu’ils montèrent les escaliers recouverts d’un somptueux tapis, Henri admira les tableaux affiché dans le hall, de véritable œuvre d’art : « Il doit être vraiment riche le monsieur ! », pensa-t-il.
Une fois en haut, ils longèrent un long couloir et arrivèrent devant une porte. La servante toqua, un ronchonnement se fit entendre, puis elle ouvrit la porte aux deux voyageurs.

    - Je vous ai dit au moins quinze fois de ne pas venir me…

Il se retourna et aperçut Frédéric. Il s’étonna :

    - Frédéric ! Mon vieil ami ! Tu es encore en vie ?! On nous raconte qu’il y a que très peu de survivants là-bas !
    - C’est bien moi, affirma-t-il, je ne viens pas seul.
    - Qui est-ce ? questionna-t-il en apercevant Henri.
    - Il est euh… enfin ses parents sont…
    - Je m’appelle Henri, se présenta le jeune homme.
    - Ses parents sont restés dans le Sud du pays, avoua Fred.
    - Hum… Vous pouvez rester ici, il n’y a pas de problème. J’ai deux chambres d’amis à vous mettre à disposition. Mais allons manger, vous devez mourir de faim après ces mésaventures ! Ma bonne, Rosalie, était en train de préparer le dîner.

Ils descendirent tous les trois à la salle à manger. Le temps que Rosalie rajoute des couverts, le riche homme présenta l’immense salon : tapis d’une valeur inestimable, canapé appartenant autrefois à la famille royale, cheminée en pierre blanche, table en merisier,…
Après cette brève visite, ils se mirent à table. Henri était époustouflé devant la grande argenterie et les verres en cristal. Les plats arrivèrent, une douce odeur titillait les narines. Un superbe rôti de porc accompagné d’épinard avec une sauce au poivre. Aucun des deux exilés n’avait mangé de tel festin.
Plus tard, on leur montra alors leur chambre. Fréderic avait la plus grande avec un lit double royal, un parquet poli et des rideaux de luxe. Henri lui avait une plus petite pièce avec un lit unique, un simple plancher, une table de nuit, une armoire à habits et un magnifique bureau recouvert de livre poussiéreux. Cela lui suffisait amplement ! Il regarda depuis la fenêtre la vue sur le boulevard. Un allumeur de réverbère passait avec sa petit torche afin d’illuminer la rue qui s’assombrissait.
Le riche homme arriva avec une bougie et s’approcha d’Henri :

    - Il se fait tard bonhomme.
    - Je repensais à mes parents, avoua Henri.
    - Je sais ce que tu ressens, moi aussi j’ai perdu un être cher. Cette guerre aura déchiré plus d’une famille dans ce pays, sache que tu n’es pas seul. Je n’ai jamais eu de fils, mais je ferai au mieux pour m’occuper de toi. Je t’apprendrai à vivre dans cette ville, je te ferai rencontrer des personnes importantes et surtout je t’emmènerai à la plus grande université qu’il soit pour tes études. Tu me fais confiance ?
    - Oui monsieur.
    - Appelle-moi James.
    - D’accord… Bonne nuit James.
    - Bonne nuit Henri.


« Je t’emmènerai à la plus grande université qu’il soit pour tes études. »

***
Henri suffoquait et ne voyait pas le bout de ce tunnel. Tous ces souvenirs revenus d’une telle force l’empêchaient de respirer. Était-ce déjà la fin ? Il ressentit comme un coup de couteau au cœur, puis la douleur disparu. Le tunnel s’éclaircissait jusqu’à donner une image flou qui devenait peu à peu nette. Les pensées resurgissent avec un bond dans l’avenir !

***
Henri était alors âgé de vingt ans. Joli garçon, à la fois poli et élégant. Il étudiait maintenant les lettres à l’université Dunwick de Balmora, c’était un garçon brillant et adoré de ses collègues. Malgré ses moments de jouissance, les souvenirs d’autrefois le hantaient le soir, la guerre aussi. Les Tiriens grignotaient chaque année quelques lopins de terre, s’approchant dangereusement de Balmora à cette vitesse. Mais à la cité fortifiée, le calme régnait. Des mercenaires venus d’ailleurs avaient été engagés afin de soutenir les balmoriens au front, ainsi il restait stable. Frédéric, lui, travaillait comme tavernier dans une brasserie renommée, on le trouvait très peu à la maison. C’était surtout James qui s’occupait d’Henri, il lui payait ses études, il l’invitait dans de grandes soirées, ils jouaient aux échecs,…

Un jour Henri sortit de l’université, salua quelques amis au passage et se mit à courir en direction de chez lui avec quelques livres sous les bras. Il traversa une rue, faillit renverser un stand au marché et déboucha sur le boulevard où il habitait.
Il s’empressa de rentrer et appela : « Oncle James ? ». Une voix répondit qu’il se trouvait à l’étage. Il arriva dans son bureau, essoufflé et expliqua :

    - J’ai passé les examens avec brio ! Je suis admis pour la prochaine année !
    - Félicitations mon garçon !
    - Ça doit se fêter ça !
    - En effet, approuva le vieil home, ce soir j’ai pu nous avoir des places pour une grande représentation de théâtre ! J’ai de superbes personnalités qui seront ravies de te rencontrer.
    - C’est vraiment gentil mais… je pensais aller fêter cela avec mes collègues.
    - Une pièce digne de ce nom ça ne se manque pas très cher ! taquina James.

Henri, jeune homme très cultivé, céda, convaincu par ce dernier argument. Il jura d’être dignement habillé pour cette soirée et alla se baigner.
Le soir venu, l’élégant garçon se présenta avec un beau costume noir et blanc, de belles chaussures cirées et un chapeau triangulaire surmonté d’une plume. Avec James, il rejoignit la calèche qui les attendait devant la maison et traversèrent la ville soigneusement pavée.

Ils arrivèrent alors devant le gigantesque Théâtre Royal de Balmora. A l’entrée, des valets les débarrassèrent de leurs vestes et de leurs chapeaux. Ils entrèrent dans le hall et saluèrent quelques personnes renommées. James annonça à Henri qu’il avait des personnalités toutes particulières à leur présenter. Ils se déplacèrent en direction d’un homme richement vêtu et d’une jeune femme d’une vingtaine d’année qui portait une somptueuse robe rouge. Elle avait de longs cheveux bruns très lisses et des yeux d’une couleur amande somptueuse. James présenta :

    - Henri je te présente le compte George De Koromas et sa fille Juliette. Monsieur le Compte, Mademoiselle Juliette, voici mon filleul Henri Duchêne.
    - Très heureux de faire enfin votre connaissance Monsieur Duchêne ! salua gracieusement le compte d’une forte poignée de main.
    - Enfin nous faisons connaissance Monsieur Henri, s’exclama la jolie jeune femme.
    - Tout le plaisir est pour moi, Mademoiselle, fit-il remarquer en lui baisant la main.

Une forte voix s’exclama alors dans le hall d’entrée :

    - Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, la représentation va commencer !
    Alors ils entrèrent dans l’immense pièce de spectacles richement décorée. Les mûrs possédaient de riches ornements de couleurs dorées, le lustre en diamant pendu au plafond illuminait la scène de ces centaines de bougies. Ils prirent places dans les fauteuils qui se situaient sur un balcon, bien en face de la représentation.



« Alors ils entrèrent dans l’immense pièce à spectacle richement décorée. »

« Quel spectacle ! » s’exclamait le Compte. James se contenta d’approuver en hochant la tête. Juliette avait l’air de s’ennuyer, elle baillait. Quant à Henri, il restait les yeux fixé sur la scène et admirait la représentation. Juliette, dans son ennui total, déclara : « Je vais aller me repoudrer ». Henri sortit tout à coup de son monde parallèle et se proposa pour accompagner la jeune demoiselle. Ils se prirent le bras et sortirent tous les deux par la porte qui menait vers le long couloir.
Juliette, tout en marchant, questionna :

    - C’est votre oncle qui vous oblige à assister à ce spectacle ?
    - Non, c’était un cadeau de sa part pour avoir réussi mes examens pour passer à la prochaine année universitaire.
    - Toutes mes félicitations, mon cher Henri. Qu’étudiez vous donc ?
    - Je suis en faculté des lettres à l’université Dunwick.
    - Monsieur a le privilège d’étudier à la plus grande université de Balmora ! s’étonna Juliette.
    - Oui… mais sans mon oncle, je n’aurais jamais eu cette chance d’étudier la littérature.
    - Vous aimez donc la culture et ce genre de spectacle ?
    - Tout particulièrement oui. J’ai un faible pour les pièces de théâtre et pour les gens que j’y rencontre.

Ils échangèrent quelques rires, tout en continuant de marcher et la jeune femme continua la conversation :

    - Vous ne venez que pour prendre plaisir du spectacle ?
    - Je viens aussi pour prendre plaisir des rencontres comme vous et moi Mademoiselle, murmura-t-il à l’oreille de sa partenaire.

Ils eurent un moment d’arrêt et se regardèrent dans les yeux. Juliette, tout en s’approchant de lui, chuchota : « Moi, je ne viens que pour ça ! ». Puis elle déposa un doux baiser sur les lèvres d’Henri tout en s’appuyant contre sa poitrine musclée. Il lui susurra à l’oreille : « Les vieux vont commencer à s’inquiéter ». Elle étouffa un rire, puis ils repartirent en direction de la loge.

A la fin de la soirée, ils ressortirent et attendirent leur calèche. Le Compte De Koromas serra la main de James et salua :

    - A une prochaine mon cher, j’étais ravi de passer cette soirée à vos côtés et ceux de votre filleul.
    - Au revoir Monsieur Henri. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir, ajouta-t-elle en esquissant un léger sourire.
    - Je l’espère aussi Mademoiselle.


Puis une fois leur calèche devant l’entrée, ils partiraient chacun en direction de leur foyer.

Au fil des mois, Henri rendait visite à Juliette. James le questionnait : « Mais où pars-tu donc ? ». Il ne se contentait de répondre en balbutiant qu’il devait aller étudier avec des collègues. Il racontait sa vie, à sa nouvelle amie, il prenait le thé dans le grand salon richement décoré et jouait aux échecs parfois.
Un jour sur le pas de la porte, alors qu’il allait partir, il prit délicatement Juliette dans ces bras et l’embrassa tendrement dans le cou. Juliette répondit à cela avec un doux baiser.
Cette relation resta secrète. Henri se confiait à son vieil ami Frédéric en buvant une bière à la taverne et il ne put se retenir cette confession. Frédéric saluait le courage et la chance du jeune garçon. En rentrant à la maison, James semblait perturbé. Il resta enfermé dans son bureau, interdit d’accès jusqu’à nouvel ordre et ne dit pas un mot jusqu’au dîner. Son filleul s’en inquiéta :

    - Que se passe-t-il oncle James ?
    - Rien d’important, je réfléchis.
    - Vous semblez préoccupez. Qu’avez-vous fait de votre journée ?
    - Aujourd’hui je me suis rendu à la bibliothèque pour emprunter des livres… philosophiques.
    - Hm… Et que s’est-il passé ?
    - J’avais comme la désagréable impression d’être observé ! avoua-t-il. Il n’y avait que moi dans ces rayons et pourtant je sentais une présence. Mais cela doit-être ma vieillesse qui fausse mon imagination, plaisanta le vieil homme.

Puis le repas reprit son cours, toujours dans le calme, bien qu’Henri ressente de l’inquiétude pour James.


« J’avais comme la désagréable impression d’être observé ! »

Quelques jours plus tard, Henri se préparait à partir au cours. Il prit sa sacoche au passage avant de sortir par la porte et dire « A plus tard James ! ». Ce dernier n’eut même pas le temps de se retourner, que son filleul était déjà en route pour l’université.
C’était une belle journée pour faire une promenade à pied, il décida donc de se rendre à la bibliothèque à la marche. Il devait encore y retourner afin de travailler et améliorer ses mystérieux projets. Il prit son chapeau, sa veste bleue et pris le chemin de la bibliothèque national. En chemin, il passa devant la brasserie où travaillait Frédéric et songea à s’y arrêter. Il vit son cousin derrière le bar et alla dans sa direction. Il n’y avait encore presque personne à cette heure de l’après-midi. Juste eux et quelques habitués des lieux au fond de la salle. Frédéric l’aperçut :

    - Salut James ! Je te sers une bière ?
    - Oui, une petite ambrée me ferait du bien ! Quelle chaleur il fait là dehors !
    - Tu vas encore travailler à la bibliothèque ? interrogea le cousin.
    - Oui, j’ai encore beaucoup de boulot et je n’ai plus de temps à consacrer à Henri.
    - Il est grand maintenant, il sait se débrouiller ! D’ailleurs, tu lui as parlé de ton travail ?
    - Non, non, je ne veux pas le mêler à ces histoires.

Il eut un court silence et James demanda :

    - Et toi quand rentreras-tu à la maison ?
    - Je comptais te prévenir, je me suis pris un petit appartement à deux pas d’ici pour être plus près du travail. Tu peux laisser ma chambre à Henri, il en aura une plus grande utilité.
    - Il sera heureux de l’apprendre, ajouta-t-il en terminant sa bière, j’ai du chemin à faire. A la prochaine !
    - Au revoir James.

Puis il se remit en route pour la bibliothèque. Il dut marcher une bonne dizaine de minutes avant d’arriver devant le grand bâtiment de pierre. A l’accueil, il fut reçu par une demoiselle :

    - Bonjour Monsieur Alexandre, vous travaillez encore aujourd’hui ?
    - Il faut bien gagner sa vie, Mademoiselle.
    - Bonne chance.

Il hocha la tête et commença son ascension vers un des étages supérieurs. Ce dernier était peu fréquenté, seuls quelques intellectuels se rendaient pour des projets mais, la plupart du temps, ils préféraient aller à la bibliothèque de l’université. James préférait être discret et se contentait de la Bibliothèque Nationale.
Il s’installa à une table inoccupée et y disposa quelques feuilles avec des croquis et des calculs savants. Il se mit à fouiller parmi les rayons tel un rat de bibliothèque à la recherche de livres en tout genre ! Toute la journée, il feuilleta, écrit, dessina ou calcula. Heure après heure, le temps s’écoulait et l’étrange projet s’allongeait de feuille en feuille. Le soleil commença à se coucher, la pièce se fit sombre, il alluma alors une bougie à sa table de travail. Il devait être à peu près neuf heures quand il remarqua le temps passé à travailler et regarda sa montre. « Oh miséricorde ! », jura-t-il. Il remballa tout dans son dossier et prit soin de replacer correctement les livres empruntés dans les étagères.
Il devait être le dernier à sortir de la bibliothèque, tout le monde était chez soi à ce moment. Il descendit alors la rue à la recherche d’une calèche qui pourrait le ramener au bercail. Il tenait son dossier sous le bras et marchait à pas réguliers. Soudain quelqu’un couru dans sa direction, il s’apprêta alors à se retourner. Trop tard, une douleur atroce dans le dos le surprit et il s’écroula au sol. Il se sentait léger, partant au loin avec comme seul souvenir les pas qui s’en allaient peu à peu vers un silence éternel.


« Une douleur atroce dans le dos le surprit et il s’écroula au sol. »


Dernière édition par Maitre-Chuchundra le Jeu 2 Sep 2010 - 5:53, édité 2 fois
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Re: Les Larmes de Sang

Message  Maitre-Chuchundra le Lun 16 Aoû 2010 - 3:43

Livre II


Le lendemain, alors qu’Henri était en train de faire sa toilette matinale, quelqu’un toqua à la porte. Pensant que son oncle était occupé dans son bureau comme chaque matin, il descendit pour ouvrir. Deux miliciens en tenue militaire rouge se tenaient sur le pas-de-porte. Leurs galons dorés cousus sur la chemise laissaient à croire que c’étaient des personnes importantes. Le plus vieux prit la parole :

    - Vous êtes bien de la famille de Monsieur James Alexandre ?
    - Henri Duchêne, je suis son filleul.
    - Bien, pouvons-nous parler à son sujet ? Nous aurions quelques questions.
    - Il est arrivé quelque chose à mon oncle ?
    - Hier soir, votre oncle a été retrouvé poignardé dans une rue à proximité de la Bibliothèque National, expliqua le deuxième milicien.

Henri alors resta bouche bée, aucun mot ne put sortir de sa bouche. Il se contenta de dire :

    - Je ne me sens pas en état de parler aujourd’hui. Allez voir Frédéric Alexander, il est tavernier à deux pas d’ici.

Les deux miliciens remercièrent, présentèrent leurs condoléances puis partirent en direction de la brasserie. Henri partit s’asseoir dans un fauteuil où il ne put retenir ses larmes.

L’enterrement eut lieu trois jours plus tard. L’église était noire de monde ! On aurait pu croire que toute la ville était venue faire ses adieux au bourgeois James Alexandre. Frédéric étaient richement vêtu et Henri portait une tunique noire. Tous deux se trouvaient au premier rang, bien qu’il n’y ait pas beaucoup de membres de la famille présents. Frédéric soupira et expliqua à Henri :

    - Je sais que ça ne doit pas être le moment de te parler de ça, mais il y a des choses que tu dois savoir sur James.
    - Quoi donc ? soupira-t-il désespéré.
    - James travaillait pour l’armée. S’il se cachait dans son bureau, c’était pour ne pas que tu voies ses projets. Il est stratège et s’occupe d’améliorer ou d’inventer des armes de guerre. Le jour de sa mort, il allait à la bibliothèque pour terminer sa nouvelle invention. Une fois assassiné, les voleurs se sont emparé des plans et ont pris la tangente.
    - Si je trouve celui qui a fait ça, je…
    - Calme-toi, murmura Frédéric, il a été tué par des espions du roi tirien Salomon !

Il eut un moment de silence et il avoua :

    - Tu étais la seule personne qui était vraiment proche de lui. Il te considérait comme un fils.
    - Où veux-tu en venir ? interrogea-t-il en gardant les yeux devant lui.
    - Tu es la seule personne mentionnée dans son testament… Je sais le moment est mal choisi.
    - Très mal choisi, ajouta Henri.

Il tourna la tête et aperçut Juliette qui entrait au sein de la cathédrale remplie d’amis, de proches et de curieux. Elle portait un chapeau noir avec un léger voile, elle n’osa point regarder Henri dans les yeux.
Celui-ci admirait la mise en place de l’enterrement. Le cercueil légèrement en hauteur était recouvert d’un tissu rouge, des miliciens montaient la garde et des bougies illuminaient faiblement l’emplacement du défunt. Sans oublier le nombre de fleurs éparpillées dans l’église et les religieux qui priaient sur les bas côtés. Henri aurait aimé un aussi grand enterrement pour son vrai père.


« Henri aurait aimé un aussi grand enterrement pour son vrai père. »

A travers le grand manoir des Koromas, des cris se faisaient entendre :

    - Non ! Non ! Et non !
    - Juliette, essaie de comprendre, expliqua Henri
    - Comprendre que tu veuilles me quitter pour les armes ?
    - Je suis obligé, c’est un devoir national.
    - Ah bon ? C’est un devoir de se rendre droit à la mort sur le champ de bataille ?! s’écriait Juliette interloquée.
    - C’est ce que mon oncle aurait voulu et après tout ce qu’il a fait pour moi, je lui dois cet honneur.
    - Je pense surtout qu’il voulait de protéger de cette terreur, pleurnicha-t-elle.
    - Je t’écrirai tous les jours, tu en as ma parole.
    - Je ne veux pas qu’un matin on me ramène tes lettres avec toi dans un cercueil !
    - Je serai très prudent, tu me connais ! N’aies pas peur !
    - J’ai surtout peur que tu ne reviennes jamais me serrer dans tes bras ! sanglota Juliette.

Il prit alors Juliette dans ses bras, elle pleurait à chaudes larmes. Il lui susurra quelques mots doux à l’oreille, tout en lui déposant de léger baiser sur le front. Puis il jura sur la tombe de son oncle de revenir vivant de cette guerre ! Juliette lui accrocha alors son plus beau collier autour du cou, afin de ne pas l’oublier dans les moments difficiles.

Deux jours plus tard, Henri était en train de préparer sa malle pour le recrutement. Il prit quelques chemises, des pantalons, des serviettes, un livre et… déposa, sur le tas, le collier de sa bien aimée. Il ferma la valise et descendit vers le hall où Rosalie, la servante, l’attendait. Il la serra amicalement dans ses bras en disant de bien prendre soin de la maison le temps de venger James.
Une fois devant la maison, il se retourna dans le but de l’admirer une dernière fois. Alors qu’il allait s’engager sur la route, une calèche s’arrêta sur son chemin. Une jeune fille aux cheveux marron lui ouvrit la porte : « Tu ne croyais quand même pas que j’allais te laisser te rendre au recrutement seul ? ». Henri sourit alors à Juliette qu’il reconnut sous son chapeau.
Ils se rendirent alors au bureau de recrutement de l’armée balmorienne. La calèche s’arrêta devant le bâtiment gardé par deux sentinelles. La future recrue ne sachant que dire, ému, se contenta d’un « A bientôt, je l’espère ». Juliette le rattrapa par le bras avant qu’il ne descende, puis déposa un long baiser sur ses lèvres. Sur une légère larme, elle chuchota à l’oreille : « Je t’aime ! ». Alors qu’Henri allait entrer dans la caserne, il se retourna et vit la diligence partir et se perdre à travers les rues de la cité.
Il alla se présenter devant un bureau où un officier l’attendait :

    - Nom, prénom, âge, profession, je vous prie.
    - Duchêne Henri, vingt ans, étudiant en lettre à l’université Dunwick.
    - De la famille ? Pour votre courrier principalement.
    - Non pas vraiment. Juliette de Koromas est la personne qui recevra mon courrier, c’est une amie, enfin… non…
    - Votre fiancée ? interrogea l’officier.
    - Ma tendre amoureuse, je préfère.
    - C’est noté, recrue Duchêne. Allez vous préparez dans la salle d’à côté.

Il fut accompagné d’un sous-officier qui lui donna tout l’équipement nécessaire. Des bottes, une tunique rouge, un sabre, un fusil, un sac, un chapeau et quelques autres pièces militaires. Après s’être changé, il rejoignit une équipe de recrue. Ces derniers avaient été informés qu’il devait marcher sous leur ordre jusqu’à l’extérieur de la ville. Rien ne leur avait été dit, ni leur destination, ni les présentations, ni les règles. Inquiets, ils marchaient à la cadence militaire vers une destination inconnue.

Après plusieurs kilomètres de marche avec leur équipement et bagages, ils arrivèrent devant un fort d’entrainement qui se situait à une demi-heure de la ville. Les recrues, dont Henri, furent reçues pas un officier :

    - Bienvenue au fort Wobegon. Ici vous apprendrez à vous battre, à vous servir de votre fusil et de votre lame pour triompher des tiriens et de leur roi Salomon ! Vous sortirez d’ici en étant des hommes, des vrais, des guerriers ! L’entrainement sera dur, mais votre détermination sera d’autant plus grande afin de vaincre nos ennemis !

Mais lors de ce long discours patriotique, Henri ne se rendait pas compte à quel point sa vie allait basculer. C’était là que tout allait commencer !


« Les recrues, dont Henri, furent reçues pas un officier. »

Les mois passèrent et notre jeune recrue devint un vrai soldat. Lui et ses compagnons de troupes s’entrainaient jour et nuit pour devenir digne de la nation et affronter un jour les tiriens. Tir au fusil, combat au sabre, marche de nuit, stratégie d’attaque, entrainement physique et moral,… Tout y passait ! La discipline était implacable, des déserteurs se sont fait fusiller, mais Henri, lui, restait borné sur son objectif.
Parfois le soir, il s’adonnait à la lecture de grands littéraires. Il a certes dû faire une pause sur ses études, mais il continue de prendre plaisir à la magie des mots. Comme beaucoup de jeune fiancé ou d’amoureux, il écrivait à sa dulcinée. Mais cela était sans doute lui qui devait envoyer le plus de lettres ! Parmi elles, on peut retrouver :

« Ma douce ! Ma bien aimée ! Certes cela ne fait que quelques mois que nous nous sommes quittés, mais pour moi ce temps passe au fil des années. Que dis-je, des siècles ! Ici, l’entrainement est dur, les journées sont longues, les nuits sont pénibles, mais la pensée de te revoir un jour me rassure davantage !
Aujourd’hui, deux fuyards se sont fait fusiller pour désertion. Mais ne t’inquiète pas ! Je ne suis pas des leurs, je ne les comprends pas ! Moi, je me bats pour une cause, pour un but, celui de mon devoir de citoyen et ma promesse de te revoir plus aimant que jamais.
J’ai foi entre notre amour, je prie tous les soirs pour que quelqu’un te protège, je tremble à l’idée de te voir partir, je… Les mots me manquent, en revanche je déborde d’amour à ton égard. Je reviendrai bientôt, pour toi, ma précieuse rose du printemps.

Henri
»

Un matin, alors qu’Henri était en train d’écrire une nouvelle lettre, un coup de clairon déchira le silence matinal du fort. Aussitôt, toutes les recrues descendirent de leur lit, s’habillèrent en vitesse, afin de rejoindre les rangs dans la cour. Une fois tout le monde rassemblé, le général se présenta devant les troupes au garde à vous. Ce dernier prit la parole :

    - Soldat ! Comme vous devriez le savoir, vous arrivez bientôt en fin de formation. Ceci est une chance pour vous, soldats, car la patrie a besoin de vous ! Grâce à nos mercenaires et à nos soldats nous avons pu repousser le front sud-ouest sur plusieurs dizaines de kilomètres et tenter une percée parmi leurs lignes, et ceci au périple de nombreuses vies. C’est donc le moment ou jamais pour attaquer l’ennemi de plein fouet et le faire payer des atrocités qu’il nous a fait endurer. Il nous faut donc le plus de soldats possible. Dans le meilleurs des cas, des soldats fort, frais, jeune et motivé comme vous !

Il commença à marcher le long des troupes, inspecta les recrues qui se trouvaient dans les premiers rangs, ceux-ci ne bougeaient plus. Il continua :

    - Nous allons donc faire une déportation massive de soldat sur le front, afin d’attaquer l’ennemis jusqu’à Tirion ! Nous souhaitons mettre toutes les chances de notre côté, pour que cette bataille soit une réussite. Préparez vos paquetages, vous partez dès demain matin à l’aube !

Le lendemain, aux alentours de trois matin, le capitaine arriva dans le baraquement pour réveiller les militaires : « Allez debout ! Une longue journée nous attend ! ». Tous avaient préparé leur sac la veille, ils vérifièrent de n’avoir rien oublié et s’en allèrent pour le rassemblement. Ils marchèrent jusqu’à Balmora sous le clair de lune et traversèrent la cité, sous l’œil curieux de quelques matineux. Ils arrivèrent au port, là où quelques milliers de soldats réunis embarquaient dans des frégates. Une fois à bord, il profita des derniers instants pour admirer la ville sous un lever de soleil. La flotte s’éloignait au loin vers l’horizon, faisant disparaître les traces de Balmora. Il ne pouvait s’empêcher de repenser aux derniers mots qu’il pu annoncer à Juliette.

« Juliette, ma douce !

Je n’ai que très peu de temps pour t’écrire et t’expliquer la situation, mais je te demanderai de garder ton calme. Nous allons partir très loin. Je tiens à te rassurer, il ne m’arrivera rien. Je resterai en vie pour toi, pour notre amour et pour notre avenir ! Prends bien soin de toi, je reviendrai !

Henri
»


« La flotte s’éloignait au loin vers l’horizon, faisant disparaître les traces de Balmora. »

Après quelques jours de mers, tous les soldats débarquèrent sur une plaine près d’un rivage. Ils se trouvaient en territoire hostile mais la nature était en leur faveur. La plaine ne possédait pas de forêt alentour, donc aucune embuscade. Leur campement géant se trouvait légèrement en hauteur, afin de surveiller les horizons. Enfin, le vent prenait la direction de la mer, au cas où une évacuation par les voies maritimes devait se faire. « Petits détails, mais grande ampleur ! » aimait s’exprimer le général du camp.

Cela faisait maintenant quatre jours qu’ils avaient débarqués sur le campement. Depuis, aucune nouvelle au sujet de l’assiégement prévu par les généraux balmoriens. Les soldats commencèrent à s’inquiéter, des doutes quant à la compétence de leurs supérieurs se firent entendre. A part faire des tours de garde, quelques entrainement, lire ou jouer aux cartes avec ses camarades, Henri tout comme les autres ne faisait rien de spécial. Le cinquième jour, alors qu’il bouquinait sur son lit de camp, son capitaine vint le chercher pour l’amener à la tente qui servait de QG à ses généraux. Tous les deux traversèrent le camp, depuis les « cuisines », l’arsenal, les tentes des soldats tiers jusqu’à celle de l’état-major. Cinq personnages moustachus habillés en uniforme noir l’attendaient. A côté d’eux, deux autres soldats. Le plus barbu d’entre eux pris la parole :

    - Soldats ! Si vous avez eu le privilège d’être choisis par l’état-major pour une mission de plus hautes importances ! Ceci est pour vous une chance de faire vos preuves, bien que vous n’ayez pas d’autre choix que d’accepter l’objectif choisi, ricanna-t-il.

Tous les trois se regardèrent un cours instant et se remirent au garde à vous. Le vieux barbu reprit alors :

    - Pour être clair, nous avons une faille dans nos plans d’attaque. Le nombre de soldat présent à Tirion est plus grand que prévu ! Nous devons donc en éliminer un maximum pour garantir notre victoire !
    - Vous devrez donc anéantir leurs principales casernes, continua le général à sa gauche, un espion se trouvant à l’intérieur de la ville vous fournira des explosifs puissant, afin de faire sauter leurs points stratégiques.

Ils dessinèrent alors le chemin à prendre sur la carte, ainsi que l’endroit où serait échangée la fameuse poudre noire. Cette carte montra l’ampleur de la mission qui attendait les jeunes recrues.

    - Vous n’aurez pas le droit à l’erreur comme vous n’avez pas d’autres choix que d’assumer cette lourde mission, ajouta le troisième, tout désertion sera punie de mort certaine !

Un frisson parcouru à travers Henri, si fort qu’on aurait cru que même ses voisins l’auraient ressenti.


« Cette carte montra l’ampleur de la mission qu’attendaient les jeunes recrues. »

Après leur avoir donner l’entier des instructions, nos trois soldats se mirent en selles sur de beaux chevaux noirs. Ils étaient vêtus comme des marchands afin de n’éveiller aucun soupçon. Ils profitèrent du long voyage qui les attendait pour faire plus ample connaissance. Henri s’initia à prendre la parole :

    - Je me présente, Henri Duchêne.
    - George Seddon. J’ai beaucoup entendu parler de ton oncle.
    - Et moi, Albert Mallory. J’espérais te rencontrer dans d’autres circonstances.
    - Nous pourrons mieux nous connaître après cette fichue mission. Nous avons un bout de chemin à faire, compagnons ! s’exprima Henri.


Et ils galopèrent à travers les plaines en direction de la cité de Tirion. Ces plaines étaient immense, on apercevait des hautes herbes à partes de vue. Le soleil commença à se coucher et les trois balmoriens décidèrent de s’arrêter à l’orée d’une forêt pour la nuit. Ils attachèrent les chevaux à un arbre, puis firent un feu vers lequel ils s’assirent pour manger quelques morceaux de pain et raconter quelques vieilles histoires.

Dès la rosée fraiche du matin, ils se remirent en route. Quelques heures seulement les séparaient de la cité. Aux alentours de midi, au dessus d’une colline, ils admirèrent leur objectif. Tirion était une immense cité, tous les trois restèrent en extase devant la gigantesque ville. Après ce petit moment d’admiration, ils descendirent en direction des portes. Là, les attendaient des miliciens. Ces derniers observèrent les trois voyageurs et les questionnèrent sur leur provenance. Bien sûr il fallait mentir : « Nous sommes tous trois des commerçants, venus de la contrée de Ravenholm, afin d’acheter quelques bricoles utiles à notre village ». Ils purent passer sans problèmes le contrôle.
George questionna quelques habitants sur la position de la taverne où ils devaient rejoindre leur informateur. Après avoir suivi les instructions soigneusement données par les passants, ils débouchèrent sur la rue de la taverne du Chat Botté. Une fois les chevaux attachés vers un emplacement prévu à cet effet, les trois commerçants passèrent le pas-de-porte. Les habitués des lieux se turent momentanément et fixèrent les étrangers s’approchant de leur territoire. Ceux-ci jugèrent convenable de s’asseoir et commandèrent une bière.
Un étrange personnage recouvert d’une cape noire attira leur attention. Il leur fit signe de s’approcher et chuchota un code mystérieux :

    - Le printemps se fait frais, pas vrai ?
    - Mais l’été s’annonce corsé, compléta Albert.
    - Je vous attendais, informa l’homme solitaire en prenant le soin de garder son visage caché, je m’appelle monsieur Lenoir.
    - Enchanté, vous avez été entièrement prévenu de notre mission ?
    - Tout à fait, je connais votre plan qui est aussi le miens.
    - Pouvez-vous nous donner plus d’informations sur l’endroit de la mission et sur le matériel ?
    - Chuuut ! Pas si fort ! gronda-t-il. Vous dormirez dans cette auberge comme des voyageurs, les casernes se trouvent plus loin. J’ai déjà pris le soin de déposer les explosifs dans un caveau à deux rues d’ici.

Lenoir souleva sa main et dévoila une petite clé qu’Henri s’empressa de prendre discrètement. L’homme caché continua :

    - Les casernes vous ont été indiquées auparavant. Si vous arrivés vous repérer sur carte, vous réussirez sans problème. La mission le lieu ce soir quand le clocher sonnera 23h00, prenez garde aux soldats qui veillent la nuit. Des sacs, des torches, des capes se trouvent avec les explosifs. Bonne chance à vous, que Balmora vous protège !

Puis il se leva et prit la direction de la sortie, tandis qu’Henri, George et Albert se renseignèrent pour dormir dans une chambre auprès du comptoir. Le plus dur restait à venir.


« J’ai déjà pris le soin de déposer les explosifs dans un caveau à deux rues d’ici. »

Henri resta allonger tout la soirée sur le matelas qui lui servait de lit. C’était mieux que rien, il aurait pu avoir les vieux lits de camps que l’armée fournissait sur le campement. Là, il se contentait de fixer le plafond et de se remémorer les plans prévus de A à Z. Il faut dire qu’il n’avait aucune envie de risquer sa peau pour sa première mission ! Pourtant, il n’est pas si stressé que ça, ni même enthousiaste. Le jeune soldat restait pensif, borné sur son objectif, car il tenait plus que tout à tenir la promesse qu’il fit à sa Juliette.

Quelqu’un qui frappa à la porte le réveilla, alors qu’il était perdu dans son esprit et ses pensées. Il se réveilla et ouvrit légèrement la porte, pour n’apercevoir que partiellement qui se cachait derrière elle. Ce n’était que George qui venait lui rappeler l’heure, en effet le clocher venait de sonner les onze heures. Il prit alors son manteau et sortit du couloir où Albert attendait aussi, tout anxieux. George, courageux, le rassura : « Ne t’inquiète donc pas mon ami ! Nous serons reparti aussi vite que nous sommes arrivés ! »

Ils préfèrent sortirent par la porte de derrière, dans le but de ne pas se faire repérer en traversant la salle principale de la taverne remplie de monde. George avait soigneusement lu et relu le plan pour connaître l’emplacement du matériel. Selon lui, il fallait tourner une rue plus loin et longer de deux cents mètres pour arriver devant un petit escalier descendant vers un caveau. Après avoir annoncé le court trajet à ses camarades, ils se mirent en route. La longue rue pavée était sombrement éclairé par quelques lampadaires à huiles. Très peu de monde fréquentait la ville le soir. Une chance, pour les balmoriens en mission qui ne devaient en aucun cas se faire repérer.
Finalement, ils arrivèrent devant la porte de la fameuse cave. Le chemin ne fut pas si impraticable que prévu, il fallut juste se cacher derrière des caisses à cause d’un ivrogne qui rentrait chez lui après une soirée arrosée. Henri, inquiet demanda : « Tu as pris la clé au moins ? ». George approuva en sortant l’objet voulu. Il l’enfonça dans la serrure, ouvrit la porte et la referma derrière eux, une fois rentré. Un petit feu illuminait légèrement la pièce sombre et humide. Albert avertit : « Faites attention avec le feu ! C’est remplit d’explosif dans cette pièce ! ». George, s’étant proclamé chef de groupe, opéra au partage des tâches :

    - Henri, toi, tu prends un sac et tu le remplis d’explosif, n’oublie pas de prendre une torche. Albert pareil, sauf que tu t’occupes de prendre les caisses de poudre noires. Moi je prends les bombes avec des mèches longues pour allumer le feu d’artifice !
    - N’oublions pas les capes noires, afin de se camoufler ! remarqua Albert.
    - Oui, tu as raison. Enfilez les capes !
    - Il nous faut un maximum d’explosif ! Il en faut des monstruosités pour faire exploser un bâtiment entier ! Remplissez vos sacs sans pour autant qu’ils cèdent sous le poids ! ajouta Henri.

Ils se résolurent à ne prendre qu’une torche pour rester discret. En effet, des patrouilles ne se font pas rares dans le coin, surtout aux alentours de la grande caserne. Ils coururent avec leurs gros sacs lourds sur le dos, fatigués, extenués, essoufflés… En arrivant dans un coin de rue, George jeta un œil avant de traverser et murmura : « Une patrouille ! Planquez-vous ! ». C’est alors qu’ils profitèrent d’une charrue qui se cachait à côté d’eux. Ils montèrent en prenant soin de ne pas mettre le feu au chargement. Une fois la voie libre, ils continuèrent leur long périple.
Les casernes n’étaient plus bien loin, à deux rues d’ici selon leur chef de groupe. Le problème était qu’il n’avait aucune idée où poser leurs bombes ! Après observations et réflexions, Henri désigna une fenêtre restée ouverte au sous-sol de l’édifice. Malheureusement, deux sentinelles gardaient la porte d’entrée, il fallait donc rester prudent. Ils traversèrent la route et Henri, le plus petit se faufila à travers l’encadrement. On lui passa alors les sacs, puis ses camarades le rejoignirent pour mettre en place les explosifs. A priori, ils devaient se trouver dans une cave à provisions, il fallait espérer que l’on n’en aurait pas utilité pendant l’exécution de leur plan. Les caisses furent ajustées et la poudre noire versée autour d’elles, Albert s’occupa alors de disposer les mèches. Tout à coup, un bruit de pas attira leur attention, ils venaient peut-être de la rue. Non ! Il s’approchait de derrière la porte ! Dans un mouvement de désespoirs, les soldats s’appuyèrent contre le mûr, puis la porte s’ouvrit en grinçant. Un sergent tiriens, bien dodu, fit son entrée pour aller chercher quelques provisions. Il fut surpris par George qui fonçait droit sur lui en dégainant un couteau venu de nulle-part : « Qu’est-ce que… ? ». Trop tard, le poignard le transperça. Albert, maladroit lâcha la torche par terre, ce qui provoqua l’allumage de la mèche. Henri se précipita vers la fenêtre : « Vite ! ». Suivi de George, mais Albert, plus gros, avait plus de peine : « A l’aide ! ». Son appel au secours interpella les deux sentinelles de l’entrée. Les deux amis accoururent pour tirer le malheureux. Il fallait faire vite, les casernes allaient exploser ! Ils purent le sortir mais difficilement, ce qui ralentit leur fuite. Les gardes approchaient en envoyant : « Hey ! Vous ! ».
Soudain, les charges sautèrent ! Les fenêtres éclatèrent, se brisant en mille morceaux. Des flammes jaillissaient de tous part, le court effet de souffle fut si puissant qu’on retrouva des morceaux de meubles à l’extérieur. Les casernes s’enflammaient, pendant qu’Henri, lui, s’assombrissait peu à peu.


« Les casernes s’enflammaient, pendant qu’Henri, lui, s’assombrissait peu à peu. »

C’est là que vint le tunnel blanc. Il touchait à sa fin, il pensait mourir, s’en aller loin de ce monde de souffrance et de haine. Puis il eut l’impression de rouvrir les yeux, il n’apercevait rien, juste une silhouette trouble qui lui tenait la tête. Il gémissait quelque chose d’incompréhensible, la souffrance refit son apparition. Ses oreilles sifflaient un bruit aigu qui lui déchirait l’esprit. Il avait mal, mal des blessures, mal des conditions, mal de son passé. Il entendit quelque chuchotement à l‘oreille puis la douleur s’atténua, il cessa de gémir, ferma les yeux et se laissa bercer par la fatigue qui l’envahissait.


Une goutte d’eau due à l‘humidité de la pièce vint se déposer sur le front d’Henri. Celle-ci suffit à la réveiller. Il ouvrit les yeux et tenta de s’asseoir. Une personne était avec lui, c’était George, il tenta de le calmer :

    - Ne te lève pas trop vite, tu es gravement blessé !
    - Mais… Que c’est-il passé ?
    - La caserne a explosé et tu as été propulsé comme un boulet de canon !
    - Et après cela, que nous est-il arrivé ?
    - Des gardes nous ont trainés ici, dans cette… magnifique cellule, plaisanta George pour détendre l’atmosphère.
    - Ca fait longtemps que je suis comme ça ? questionna le blessé.
    - Hum… Je dirais bien trois jours.
    - Où est Albert ?! paniqua-t-il.
    - Il… n’a pas… survécu à l’explosion. Moi je suis juste brulé au bras, comme tu peux le constater.

Henri s’assit avec peine pour ensuite s’appuyer contre le mur de pierre de la prison. Il était essoufflé et couvert de sueur. Il examina la blessure qu’il avait au bras : une longue plaie en sang recouverte de quelques graviers pointus. Il fallait être fort, pensa-t-il. Fort pour survivre, fort pour s’échapper, fort pour retrouver sa bien aimée… Juliette.
Des bruits de barreaux et des pas le ramenèrent vite à la raison. Un geôlier s’approchait avec un sceau d’eau et un morceau de pain. Il sortit un trousseau de Clé puis ouvrit la porte grinçante afin d’y déposer le « repas » :

    - A la soupe les pouilleux !
    - A quand du pain moins sec ! grogna George.
    - C’est qu’il essaie de se rebeller le morveux ! Essaies de me parler encore une fois de cette manière ou me réclamer des services, et je te pends pas les pieds pour nourrir mes corbeaux !
    - Qu’allez-vous faire de nous ? interrogea Henri
    - Pfff… Quelles questions ! Vous serez fusillés comme tous les autres traîtres, espions ou saboteurs mécréant et ennemis de notre bon roi Salomon !



« Vous serez fusillés comme tous les autres !»

L’humidité de la prison, accompagnée de la forte chaleur de l’été, rendait les conditions de vie étouffantes. La paille qui recouvrait les pavés du sol commençait à moisir. Heureusement qu’une fenêtre à barreau dominant la ville arrivait à faire évacuer une partie de l’odeur nauséabonde qui était dégagée. Henri était assis dans un coin, il soufflait tel un pestiféré. Son compagnon de cellule avait des gouttes de sueurs sur son visage. Il restait assis et calme. Il s’amusait à jeter des petits graviers dans le pot vide qui leurs servait de pichet d’eau. Tantôt il réussissait à passer le caillou dans l’orifice, tantôt il se loupait et faisait raisonner le son aigu de l’étain. Le garçon agonisant tenta de d’exprimer sa souffrance :

    - Arrête donc ce bruit incessant, s’il te plait !
    - Il faut s’occuper comme on peut, répondit l’autre optimiste.
    - Ce son va me rendre dingue et la prison est déjà assez dure à supporter.
    - Profitons donc de nos dernières heures dans ce cas.
    - Je préfère prier en paix pour qu’un miracle se produise.
    - Un miracle… un miracle…
    - Qui vivra verra ! On aura essayé ! rétorqua philosophiquement Henri.

Soudain, au loin, une cloche se mit à sonner, suivi d’une autre et d’une plus grosse encore ! Puis des bruits de foule s’intensifièrent. George changea subitement d’humeur et soupira sur un ton défaitiste :

    - Voilà, les bourreaux sonnent les cloches de la mort avant de nous fusiller sur la place public !
    - Je n’en suis pas si sûr. Regarde !

Dans la rue, des soldats se précipitèrent en direction de la vieille ville. On entendait des gradés donner des ordres et des cris d’enfants. Les femmes partaient dans la direction opposée, comme pour se mettre à l’abri. Un prisonnier de la cellule adjacente, probablement un balmoriens chuchota à travers les barreaux :

    - Ils viennent nous chercher, les gars !
    - Qui ça ? Les bourreaux ?
    - Non ! L’armée de Balmora ! De ce que je peux voir, il y en a un sacré régiment !

Le bruit d’une corne résonna à travers toute la ville. Puis les premiers coups de canons furent échangés. A l’extérieur de la ville se trouvaient quelques milliers de soldats balmoriens accompagnés de mercenaires. Tous en formation carrée, ils approchèrent l’immense muraille de la ville qui croulait sous les boulets de canons. On sentait la poudre bruler, les balles sifflaient et les obus de mortier fusaient ! Les tiriens avaient du mal à concentrer toutes les attaques sur leur longue muraille. Des crochets et des échelles venaient à eux et les premiers soldats balmoriens mirent le pied en territoire hostile. Ils commencèrent à croiser le fer sur les plancher du tour de garde. En bas, des archers tentaient en vain de concentrer les tirs sur le flux d’ennemis qui assaillaient !
C’est alors qu’on s’attaqua à la grande porte. Celle-ci était d’une résistance implacable mais après plusieurs dizaines de tirs, les canons lourds en vinrent à bout. L’armée entra alors dans la cité de Tirions ! Les assiégés tentèrent des blocus mais ils tombèrent tous l’un après l’autre. Un barrage de canon fut mit en place pour contrer l’avancé de Balmora, bien que les troupes du Roi Salomon étaient trop peu nombreuse et dispersée pour contre-attaquer le flux d’ennemis.

La ville s’enflammait, les mêlées continuaient et les tiriens persévérèrent. L’armée de Balmora avait bientôt atteint le Palais Royal et se trouvait déjà au pied de la milice ! Du haut de sa cellule, les deux compagnons percevaient les combats sans pouvoir y intervenir. « Je me sens inutile, pourtant j’ai bien envie de cogner à leur côté » rageait George. Ils cherchèrent une solution pour sortir mais un bruit sourd s’intensifiant vint interrompre leurs réflexions. Henri eut juste le temps de sortir un « à terre ! » et de se coucher en vitesse avant qu’un obus viennent se loger dans le mûr de la prison, donnant ainsi une vue sur les combats.


« Un obus vint se loger dans le mûr de la prison, donnant ainsi une vue sur les combats. »

George chercha une issue pendant qu’Henri restait muet devant la brutalité des combats. Après avoir scruté tous les alentours, il se décida à sauter sur les débris, puis fut vite rejoint par son compagnon. Ils tentèrent de se frayer un passage à travers la bataille en esquivant les coups et en se faufilant dans des endroits plus calme et discret. Ils débouchèrent dans une ruelle où ils se mirent à l’abri dans une maison. Essoufflé, ils s’accroupirent par terre appuyé contre un mur. La maison semblait abandonnée, inhabitée depuis des décennies. Des draps recouvraient quelques meubles et par endroit les insectes et arachnides avaient pris le pouvoir. On entendait au loin des bruits de coup de canon, de fusil et de sabre. Puis soudainement, le calme régna. Plus aucun bruit. George fronça les sourcils, se leva et alla observer par la fenêtre poussiéreuse. « Sortons de cette ville », ordonna-t-il.
Ils se mirent alors en route. Les deux fugitifs longèrent la ruelle afin d’arriver sur une rue et une avenue plus importante. La fameuse Avenue des Ormes, célèbre pour la beauté de ses arbres s’était transformée en un véritable cimetière urbain. Les arbres étaient arraché, des débris bouchaient la route, des pavés cassés étaient éparpillés, sans compter les soldats gisant sur le sol.
Après ce sanglant épisode, ils continuèrent de marcher à travers les rues désertes. Ils virent alors un passant, un vieil homme barbu, recouvert de poussière.
Henri tenta de l’interroger :

    - Monsieur ? Où se trouve la sortie de la ville.
    - Personne ne sort vivant de Tirions ! répondit le vieux avec un regard austère.
    - Où peut-on trouver la Grande Porte ?
    - Elle se trouve au nord, dans cette direction. Bande d’inconscient ! lança-t-il avant de se remettre à marcher vers le néant en trainant les pieds.

Ils reprirent leur route vers la direction indiquée. Après des interminables minutes de marches à travers les décombres, la poussière et la mort, les deux jeunes garçons virent la Grande Porte. Des soldats balmoriens surveillaient les alentours et ne laissaient sortir que leurs compatriotes blessés. Ils s’approchèrent du blocus mais furent intercepté par un jeune milicien armé :

    - Personne ne sort de la ville !
    - Nous sommes de Balmora ! Nous avons été envoyés en mission d’avant-garde mais les tiriens nous ont intercepté et enfermé.
    - Vous n’avez pas vraiment une tête et un accoutrement à être soldat du bon Roi Conrad II.
    - Puisqu’on vous dit que c’était une mission d’infiltration ! Nous sommes George Seddon et Henri Duchêne !

Un soldat se trouvant à proximité de la porte se retourna et comme interloqué répéta :

    - George ?
    - William ? C’est bien toi ?
    - Tu es vivant ?! Laisses passer l’ami, ils sont avec nous.
    - Si tu savais ce qui nous est arrivé !
    - On parle de vos exploits dans tout le régiment ! Je vais vous emmener à l’hôpital de campagne pour soignez ces blessures avant qu’elles ne s’infectent trop.

On les accompagna alors vers le campement, situé à côté de la ville et derrière eux quelqu’un criait : « Le Roi Salomon est mort ! » puis des « Houra » s’élevèrent parmi les troupes. Ils furent conduis dans une grande tente, avec de la paille sur le sol et des couvertures. Des médecins les prirent en charges et bandèrent les plaies. Henri put enfin se coucher et fermer tranquillement les yeux. Il voyait sa dulcinée s’approcher d’elle peu à peu. Il s’endormit en gardant le sourire du réconfort sur ses lèvres et quelques jours plus tard, avant de rentrer à Balmora, le traité de paix fut signé en territoire victorieux.


« Le traité de paix fut signé en territoire victorieux. »

« Victorieux », c’était le nom du bateau qui les ramenait tous au bercaille. Il était rempli de soldats et d’officiers mais aussi de blessés à rapatrier d’urgence. On avait donné un nouvel uniforme à Henri et son compagnon. Entassé dans les calles, ils imaginaient l’accueil qui leurs serait réservé. La mer de donnait plus aucune craintes ou hostilité depuis le traité de paix, elle était calme et les marins prenaient le temps de l’admirer. C’était le matin quand le vigile cria « Balmora ! », les plus rapides montèrent sur le pont, tandis que les autres se précipitèrent sur les fenêtres. La frégate approchait du grand port de la cité avec sur les quais, une multitude de foule, des drapeaux et une fanfare pour les accueillir.
Le bateau accosta et le peuple applaudissait les premiers soldats qui quittaient le navire. Des cris de joie, des pleures, des embrassades,… Les deux espions revenus de loin sortirent à leur tour, puis une fois sur le quai, se regardèrent. George, tristement, prit la parole :

    -C’est ici que nos chemins se quittent camarade ! Je pars rejoindre ma famille.
    - Heureux d’avoir combattu à tes côtés !
    - Nous nous reverrons Henri !


Après une étreinte amicale, George partit avec sa valise pour rejoindre un groupe qui se précipita sur lui. Une femme l’embrassa et un gosse sauta sur lui. Probablement sa femme et son fils. Seul, Henri partit à la recherche de ceux qui devraient l’attendre. Il essaya de se frayer un chemin parmi et puis, soudain, aperçut une jeune fille aux cheveux bruns et aux yeux amandes. C’était Juliette. Après un court instant à se contempler, Juliette cria « Henri ! » puis se précipita pour l’embrasser au milieu de la foule. Henri avait presque oublié sa douceur, après avoir vécu tant de haine et de souffrance. Juliette, tout émue, accrochée à son cou, bégaya : « Je ne t’ai pas oublié ! ». Pendant qu’elle pleurait, le compte de Koromas et Frédéric s’approchèrent du couple. Tous prirent Henri dans leur bras l’un après l’autre. Le père de Juliette lui susurra dans l’oreille : « Elle n’a pas arrêté de parler de vous. Elle harcelait le messager pour recevoir ne serait-ce qu’un mot ! ». Henri en avait rêvé de ce moment. Il s’approcha de Juliette, lui pris tendrement la main et fit sa demande en mariage à l’improviste. Juliette, pleurant comme une madeleine, accepta.

Quelques jours plus tard se tenait une cérémonie en l’honneur des valeureux soldats et des courageux disparus. Le Roi Conrad II remit en personne une médaille à chacun des plus grands soldats méritant, dont Henri et George. Et c’est sous un feu d’artifice qu’il est retiré de sa mobilisation volontaire pour prendre pleinement part à sa vie de jeune étudiant.

Le mariage eut lieu un beau jour de semaine dans une grande église de la cité. Tout avait été soigneusement préparé et décoré couleur or et rouge. Henri, tout impatient, était dans un costume noir d’un grand couturier offert par son beau-père qui se trouvait à côté de lui. Il lui chuchotta : « Juliette voulait te montrer une surprise mais c’est malsain de voir la mariée avant la cérémonie ». Il l’entraina à l’extérieur et resta planté. Henri ne savait qu’attendre, il fit donc de même par respect, sans broncher. Un carrosse arriva dans la rue quand le compte dit « Ha ! La voilà ! ». Il s’arrêta devant Henri et la porte s’ouvrit. Une vieille dame au caractère bien familier descendit, aidée par le compte. Henri eut un temps de réflexion avant de marmonner :

    - Maman ?
    - Oui, mon petit Henri ! avoua-t-elle en le prenant dans ces bras.
    - Je pensais que… je pensais que…
    - Ne t’inquiète pas pour moi ! Je suis fier de tout ce que tu as fait ! Va donc prendre place, la cérémonie va bientôt commencer !

Il s’exécuta et se posa devant l’hôtel à côté du pasteur. L’orgue se mit à jouer et des gardes ouvrirent la porte. Juliette s’avança. Elle avait une longue robe blanche. Henri, lui, était ébloui. Il la prit par la main et ils écoutèrent le pasteur. Ce dernier récita quelques dictons et prières pour les mariés. Puis il arriva au moment crucial :

    - Henri Duchêne, acceptez-vous de prendre pour épouse Mademoiselle Juliette de Koromas ici présente ?
    - Oui, dit-il en souriant.
    - Juliette de Koromas, acceptez-vous pour mari Monsieur henri Duchêne, ici présent ?
    - Oui, dit-elle tendrement.
    - Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare uni par les liens sacré du mariage.

Puis sous une foule d’applaudissement, ils s’embrassèrent en sachant qu’ils pourraient vivre heureux et en paix, dans un monde où la dureté du sang n’égalera jamais la tendresse des douces larmes.


« Puis sous une foule d’applaudissement, ils s’embrassèrent »

Remerciements à Kawan pour les corrections

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